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Sécurité incendie dans les ERP : un nouveau cadre qui ouvre la voie au bois
24 mars 2026
La réglementation incendie applicable aux établissements recevant du public (ERP) poursuit sa transformation. Publié au Journal officiel, l’arrêté du 19 février 20261 modifie l’arrêté du 25 juin 1980, texte fondateur qui encadre depuis plus de quarante ans la prévention des risques d’incendie et de panique dans les bâtiments accueillant du public.
Si cette évolution réglementaire ne bouleverse pas l’architecture générale du règlement de sécurité, elle marque toutefois une étape importante dans l’adaptation du dispositif aux modes constructifs contemporains en renforçant les liens entre les articles CO et AM pour les structures combustibles. Le texte introduit plusieurs ajustements destinés à clarifier certaines dispositions techniques et à accompagner l’évolution des matériaux utilisés dans la construction. Parmi les sujets qui concentrent l’attention figure notamment la place accordée au bois dans les ERP, matériau en plein essor dans les politiques de construction durable.
Une réglementation appelée à évoluer avec les pratiques constructives
Depuis sa création en 1980, le règlement de sécurité incendie dans les ERP repose sur des principes qui n’ont pas changé : limiter la propagation du feu, assurer la stabilité du bâtiment pendant l’évacuation, permettre une sortie rapide du public et faciliter l’intervention des secours. Toutefois, le contexte technique et architectural dans lequel ces règles s’appliquent a profondément évolué.
L’essor de la construction bois, encouragé par les objectifs de réduction de l’empreinte carbone du secteur du bâtiment, a progressivement soulevé des questions quant à l’application des règles historiques du règlement ERP. Conçues à une époque où les structures minérales dominaient largement, certaines dispositions apparaissaient aujourd’hui insuffisamment adaptées à ces nouveaux modes constructifs.
L’arrêté du 19 février 2026 s’inscrit dans cette dynamique d’adaptation progressive. L’objectif poursuivi par les pouvoirs publics n’est pas de remettre en cause les exigences de sécurité incendie mais de les rendre compatibles avec les techniques de construction contemporaines, en particulier celles qui font appel aux matériaux biosourcés.
Une meilleure prise en compte du comportement du bois au feu
L’une des évolutions majeures du texte concerne la manière dont le règlement appréhende les structures en bois. Pendant longtemps, ce matériau a été abordé principalement sous l’angle de sa combustibilité. Or les connaissances scientifiques et les retours d’expérience accumulés ces dernières années ont permis de mieux comprendre son comportement réel face à l’incendie.
Contrairement à certaines idées reçues, les structures bois massives présentent souvent un comportement au feu relativement prévisible. Sous l’effet de la chaleur, une couche carbonisée se forme en surface et protège progressivement le cœur de la section, ce qui permet à la structure de conserver sa capacité portante pendant un certain temps. Cette caractéristique est aujourd’hui largement prise en compte dans les méthodes de dimensionnement au feu.
L’arrêté de 2026 tient compte de ces évolutions et ouvre plus clairement la possibilité d’utiliser des structures bois dans les ERP, sous réserve que les exigences réglementaires de stabilité au feu soient respectées. En pratique, cela signifie que les bâtiments réalisés en bois massif, en lamellé-croisé ou en structures mixtes peuvent désormais être intégrés plus facilement dans le cadre réglementaire existant, à condition que leur comportement au feu soit démontré par le calcul ou par des solutions constructives appropriées.
Des précisions sur les revêtements et aménagements intérieurs en bois
L’usage du bois ne concerne pas uniquement les éléments structurels. Dans de nombreux projets récents, ce matériau est également utilisé pour les parements, les plafonds ou les éléments décoratifs. Les ambiances chaleureuses qu’il permet de créer expliquent son succès croissant dans les établissements scolaires, les équipements culturels ou les bâtiments publics.
Le règlement de sécurité rappelle toutefois que ces aménagements peuvent influencer le développement d’un incendie. Les surfaces combustibles présentes dans un local peuvent contribuer à accélérer la propagation du feu et à augmenter la puissance thermique du foyer.
L’arrêté introduit donc plusieurs clarifications visant à encadrer l’utilisation des parements bois dans les ERP. Les matériaux employés doivent continuer à satisfaire aux exigences de réaction au feu prévues par le règlement. Lorsque cela est nécessaire, des traitements ignifuges ou des protections peuvent être mis en œuvre afin d’atteindre les performances requises. L’objectif n’est pas d’interdire ces matériaux mais de garantir qu’ils ne compromettent pas la sécurité des occupants.
Des structures bois apparentes mieux encadrées
Un autre point important concerne les structures bois laissées apparentes, situation de plus en plus fréquente dans les projets architecturaux contemporains. Dans de nombreux équipements publics, les poutres, poteaux ou planchers en bois participent désormais pleinement à l’expression architecturale du bâtiment.
L’arrêté apporte des précisions sur les conditions dans lesquelles ces éléments peuvent rester visibles tout en respectant les exigences réglementaires. Les structures apparentes devront démontrer qu’elles conservent une résistance au feu suffisante pendant la durée nécessaire à l’évacuation du public et à l’intervention des secours.
Pour les concepteurs, cette évolution constitue une clarification bienvenue. Elle permet d’éviter certaines interprétations restrictives du règlement et offre un cadre plus lisible pour la conception de bâtiments intégrant des structures bois visibles.
Quelles conséquences pour les exploitants d’ERP ?
Si ces évolutions concernent d’abord les concepteurs et les maîtres d’œuvre, les exploitants d’ERP sont également directement concernés. La réglementation incendie s’applique en effet tout au long de la vie du bâtiment et pas uniquement lors de sa construction.
À partir du 1ᵉʳ juin 2027, date à laquelle les nouvelles dispositions entreront officiellement en vigueur, toutes les demandes d’autorisation de travaux déposées devront intégrer ces exigences actualisées. Autrement dit, tout projet présenté à compter de cette date devra être conçu, justifié et instruit en conformité avec ces nouvelles règles, qui s’appliqueront dès l’examen du dossier par l’autorité compétente. Ces dossiers devront notamment intégrer davantage de justificatifs techniques, souvent issus d’essais ou d’ingénieries spécialisées, le cas échéant.
Pour les propriétaires et/ou exploitants d’ERP, cela implique :
- une vigilance accrue lors des travaux d’aménagement ou de rénovation, notamment pour les parements bois,
- une gestion plus rigoureuse des documents techniques (PV, rapports laboratoire, prescriptions) y compris en phase permis de construire
- un contrôle renforcé des interventions susceptibles d’affecter les protections passives,
- et, dans certains halls, une surveillance régulière de la charge calorifique mobilière.
L’exigence ne se situe plus seulement au niveau de la construction, mais aussi de l’exploitation quotidienne du bâtiment.
Les projets de transformation ou de réhabilitation devront également intégrer ces nouvelles dispositions dès leur phase de conception. Les bureaux d’études, les coordinateurs SSI et les bureaux de contrôle auront un rôle essentiel pour vérifier la conformité de la conception et de la mise en oeuvre des solutions retenues et anticiper les éventuelles observations des commissions de sécurité.
Une évolution cohérente avec les enjeux environnementaux
Au-delà de ses aspects techniques, l’arrêté du 19 février 2026 reflète également une évolution plus globale du secteur du bâtiment. Les politiques publiques encouragent désormais l’utilisation de matériaux biosourcés afin de réduire l’impact environnemental des constructions.
Dans ce contexte, il devenait nécessaire que la réglementation incendie évolue afin de mieux prendre en compte les spécificités de ces matériaux. Le bois occupe une place particulière dans cette transition, à la fois pour ses qualités environnementales et pour ses performances techniques lorsqu’il est correctement mis en œuvre.
En clarifiant les conditions de son utilisation dans les ERP, le nouveau texte contribue à lever certaines incertitudes réglementaires qui pouvaient freiner certains projets. La sécurité incendie demeure un domaine où l’équilibre entre innovation et protection des personnes doit être constamment recherché. L’arrêté du 19 février 2026 illustre précisément cette démarche : accompagner l’évolution des pratiques tout en maintenant un niveau d’exigence élevé en matière de sécurité.
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